Voyage Voyage Voyage est un travail vidéo expérimental, qui
utilise les outils de retouche numérique pour créer une animation
image par image. Des photographies et des images de peintures
de paysages classiques issues d’internet se désagrègent pour
se refondrent les unes dans les autres, tandis qu’une voix
monocorde énumère des titres du catalogue Gallimard sur la partie
instrumentale du tube Voyage, Voyage de la chanteuse Desireless.
Par le travail de collage et de montage, la rencontre entre images
(plus ou moins iconiques), mots énoncés (littérature française
réduite à ses titres), et musique (boucle 80’s au synthétiseur)
confère à cette oeuvre multmedia, une poésie empreinte de kitsch
et d’une certaine mélancolie... car c’est toute une part de la culture
française et occidentale d’avant le second millénaire qui est ici
revisitée.
Pour rejoindre le Panthéon du web, les chefs-d’oeuvre de la
peinture ont été dématérialisés. Ils y ont perdu leur statut d’oeuvre
unique qui les distinguait jusqu’alors de leur reproduction en
photographie, et par la même occasion, leur statut d’oeuvre
physique, les reléguant au même rang qu’une image triviale.
Sans hiérarchie ni déférence, Robin Lopvet glane tous types
d’images de paysage sur internet et les anime pour en faire un
“remix”; elles s’effacent, se recouvrent et se reconstruisent dans
une danse organique et jubilatoire. Comme la chanson Voyage,
Voyage, elles sont devenues des refrains entêtants, dont on
aurait perdu les références, comme ces mots dépossédés de leurs
ouvrages et recyclés en une longue tirade oulipienne. Dérive
de la consommation de produits cuturels, Robin Lopvet rend
paradoxalement hommage à ces images désincarnées.
Plus d’ histoire, plus d’auteur, plus de sacralité. Voyage, Voyage,
Voyage, voyage à l’intérieur d’une culture banalisée, version
upgradée du désir d’évasion, une ritournelle infinie.

Émilie Traverse