
Dans Böner, l’artiste détourne des images de banque d’images montrant des couples heureux tenant leur bébé, en remplaçant ces derniers par des sandwiches grâce à l’IA. Ce décalage absurde révèle la vacuité et la standardisation des représentations du bonheur : sourire, tendresse et intimité deviennent interchangeables et presque consommables. Le projet interroge ainsi notre rapport à la satisfaction, au désir et à la consommation d’images dans la culture contemporaine.
Le livre, entièrement visuel, se complète d’une publication théorique distincte, qui explore uniquement par le texte les enjeux de l’IA et de la fabrication du réel visuel, offrant un contrepoint réflexif au geste plastique. Ensemble, ces deux ouvrages composent une méditation critique sur la manière dont le bonheur et les émotions sont représentés et consommés aujourd’hui.
Ça parle de malbouffe visuelle, pas de Kebab.
Le projet part de banques d’images génériques, ces archives visuelles où l’intimité est déjà standardisée. À partir de ces photographies de personnes tenant des bébés, l’IA intervient pour remplacer l’enfant par un sandwich, glissant dans la scène un objet de consommation parfaitement manufacturé. Cette manipulation révèle la fragilité de nos images toutes faites : il suffit d’un échange, presque anodin, pour que l’idéal bascule dans l’absurde — et que le bonheur ressemble soudain à un produit parmi d’autres.
Cette substitution joue comme une évidence dérangeante : dans ces espaces trop blancs, trop propres, le bonheur se consomme, se brandit, se photographie. Le geste tendre devient geste publicitaire ; la vie, une valeur marchande ; l’intime, un produit calibré.
Böner interroge ce glissement : que reste-t-il du bonheur lorsqu’il prend la forme d’un objet que l’on tient, exhibe, et finit toujours par dévorer ?
Texte de la serviette accompagnant le livre :
Böner part d’un constat simple : certaines images ont tellement envie de nous vendre le bonheur qu’elles finissent par ressembler à des flyers de supermarché émotionnel. Alors l’artiste a pris ces photos parfaites — couples radieux, lumière douce, bébé impeccable — et a remplacé l’enfant par un sandwich. Aussi absurde que logique.
Car ces images, déjà prêtes à l’emploi, semblent dire qu’aimer, sourire et se sentir comblé relèvent du même automatisme que choisir un menu. Le sandwich, lui, ne ment pas : il assume sa nature de produit. En glissant à la place du bébé, il révèle que, dans ces mises en scène du bonheur, la tendresse est souvent un décor, un emballage.
Böner joue sur cette confusion volontaire entre désir affectif et désir consommable. On croit regarder un moment intime ; on regarde un modèle publicitaire. On croit voir du bonheur ; on voit une formule. Et c’est précisément cette équivalence malsaine que le livre expose, image après image.
images du livre :
Photo du lancement du livre à la librairie du Monte en l’air Installation avec broche de Kebab tournante.Le livre était en vente avec un paper toy de broche de kébab réalisée par Geoffrey Grimal

Publication dans libération