Le cimetière des Lambis






Dans cette série, les ornements de pierres tombales se transforment en lambis, coquillages à la fois majestueux et menacés. Par un jeu de ressemblance formelle et de métamorphose visuelle, les décorations funéraires glissent vers une autre vie, oscillant entre abstraction et figuration.

Le cimetière devient alors un lieu crépusculaire où se croisent mémoire, disparition et survivance. Comme ces coquillages détrivores, dont la lente agonie est liée à la surpêche depuis les années 1980, les formes photographiées semblent mourir à petit feu, dans une invisibilité silencieuse.

Entre métaphore écologique et résonance funéraire, la série propose une réflexion sur la fragilité : celle des espèces, des rites, et de l’idée même de permanence. Le lambi, jadis met luxueux, surgit ici comme un spectre, convoqué dans un dialogue avec les morts et les formes abstraites du vivant.

Les images sont imprimées sur des carreaux imitation marbre, matériau domestique et standardisé qui rejoue, à une autre échelle, l’esthétique funéraire qu’il imite. Ce support introduit une ambiguïté supplémentaire : il mime la pierre sans en avoir la densité, comme les fleurs en plastique tentent de prolonger indéfiniment le geste du deuil. Entre surface décorative et simulacre de monument, le carrelage agit comme une peau, lisse et reproductible, où l’image se fige sans jamais accéder à la matérialité qu’elle évoque.

Ainsi, la série se déploie dans un réseau de substitutions : le coquillage devient ornement, l’ornement devient image, l’image devient matière factice. À chaque étape, quelque chose se perd et persiste à la fois, dessinant une économie du faux où la survivance passe par la copie, la transformation et le glissement des formes.